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Préface par Farhad Khosrokhavar, Directeur de Recherches à l’EHESS

 

Les femmes-martyres dans le monde arabe : Liban, Palestine et Irak

de Carole André-Dessornes

 

Carole André présente un ouvrage qui reprend l’essentiel d’une thèse sur les femmes martyres qu’elle a soutenue à l’EHESS en 2013. Ce travail s’articule sur l’explication socio-anthropologique de l’action des femmes martyres dans trois pays, le Liban, la Palestine et l’Irak. Le choix implique le renoncement à traiter des cas tchéchène, tamoul, mais aussi kurde. Quoi qu’il en soit, les opérations martyres qui se déroulent au Moyen-Orient ont un point focal, l’occupation : que ce soit l’occupation israélienne (le Liban pendant la période 1978-2000, la Palestine, de même, et en Irak, celle des Etats-Unis ou de l’Angleterre, mais aussi, le développement, dans ce dernier pays, des formes de jihadisme transnational, affilié à Al Qaeda.

Le travail sur le Liban présente un intérêt épistémologique plus important parce que l’essentiel de l’enquête de terrain a été mené dans ce pays.

Nous apprenons en quoi l’occupation israélienne de 1978 à 2000 a créé les conditions du développement des opérations martyres où progressivement les femmes ont joué un rôle ; comment ces opérations étaient pendant plusieurs années menées par des partis séculiers (entre autres, le parti communiste), sans rapport direct avec l’islam ; comment le religieux s’est petit à petit incrusté dans le paysage à partir du Hezbollah sous l’influence iranienne sans que le martyre demeure son exclusivité… On peut même penser que les martyres-femmes ont pu plus aisément convaincre les organisations politiques de la nécessité de leur engagement dans la mort sacrée en raison même de leur sécularisme. Toutefois, si elles parviennent à s’impliquer dans ces opérations, c’est que l’initiative vient primordialement de leur côté, et non de la part des hommes. La révolte masculine contre l’occupation devient aussi féminine lorsque les femmes sont dans des familles et dans des environnements où elles peuvent participer plus ou moins directement à l’univers masculin et ses activités (l’une des femmes interviewées parle de cette implication dans le maniement des armes, ce qui laisse supposer l’accès à ce type d’entraînement, d’habitude réservé uniquement aux hommes). D’ailleurs, c’est le premier pas (la première femme-martyre) qui est le plus dur à franchir, les autres suivant avec plus d’aisance le modèle ainsi érigé, comme cela a été le cas de Dalal Mughrabi qui inspirera bien d’autres. Dans ces cas, la composante nationaliste du martyre est évidente et bien mise en relief par Carole André-Dessornes, la dimension féminine étant aussi présente comme d’abord l’expression d’une stratégie (il est plus difficile de détecter des femmes-martyres que des hommes par les forces de l’occupation, en raison de la prégnance de l’image non-violente de la femme), mais en même temps, comme la conséquence de l’affirmation de soi d’une subjectivité féminine qui s’insurge contre l’occupation, au nom même de sa souveraineté. Ce faisant, elle construit en filigrane la parité avec les hommes : si on peut accéder dans la mort sacrée au statut du sujet souverain, dans la vie aussi on doit pouvoir bénéficier de ce privilège. On peut dire que les martyres-femmes ont tenté de jouer, en plus de leur rôle de combattantes pour la cause nationale − que ce soit au Liban ou en Palestine − un peu le même rôle qu’ont joué les femmes ouvrières pendant la Première Guerre mondiale où elles ont fait l’expérience de l’autonomie par le salaire. Seulement le prix du sang est ici l’équivalent du salaire dans le cas des femmes travailleuses. Des hommes, responsables politiques, prennent conscience, à partir de ces opérations, de la place de la femme dans l’espace public, au travail, mais aussi au politique, comme le dit Ali Fayyad, du Hezbollah, rapporté par André-Dessornes. Si les partis séculiers reconnaissent, sincèrement ou non, l’égalité des sexes, corroborée par l’engagement féminin dans les opérations-martyres, du côté des islamistes, le problème est beaucoup plus complexe. Mais ces opérations brisent le confinement de la femme dans l’espace privé, que les hommes islamistes le veuillent ou pas. Une certaine dose de féminisme est indéniable comme ingrédient de ces opérations (si on se fait tuer pour une cause collective, ce « privilège » n’est plus l’apanage des hommes et sur ce plan, les femmes s’égalisent avec eux).

L’opération martyre exige souvent une clandestinité impliquant l’ignorance des personnes les plus proches au sujet de l’engagement de la femme. Carole décrit comment une femme martyre dissimule ce fait à son père, ce qui implique l’assomption d’une décision qui va très au-delà de l’autorité patriarcale, engendrant chez elle un sentiment de culpabilité qu’elle exprime bien dans sa lettre d’adieu à ses parents. Il s’agit d’un type d’affirmation de soi qui se passe de l’autorisation du pater familias et s’inscrit dans les ressorts d’une subjectivité qui réclame pour soi un statut d’autonomie et de souveraineté dans une décision qui implique sa mort.

La mort des femmes martyres peut devenir aussi une revendication de la part des autres femmes, pour la parité avec les hommes, si ce n’est sur le court terme, à tout le moins sur le long terme. On peut certes évoquer la situation de crise. Une fois celle-ci passée, le patriarcat peut reprendre le dessus. D’ailleurs, juste après l’opération, dans le cas de Sanaa décrite par Carole André-Dessornes, des rumeurs ont circulé qu’elle avait été enceinte et qu’elle avait voulu sauver la face par la mort sacrée. Cela revient à réinscrire la femme-martyre dans le registre de la tradition patriarcale. Mais les ressorts de la mémoire pourront être mobilisés tout aussi bien par les femmes dans l’avenir, pour remettre en cause leur statut et revendiquer une part plus importante d’égalité.

Quoi qu’il en soit, les femmes-martyres ne sont pas uniquement des êtres s’impliquant dans des opérations militaires. Elles représentent, à leur corps défendant, la volonté d’affirmation de soi des femmes dans des sociétés où des crises multiples et des formes de patriarcat ossifiés rendent leur tâche malaisée (plus on est humilié, plus on risque de se durcir vis-à-vis de sa femme et de ses enfants dans l’espace familial). Carole André-Dessornes a le grand mérite de nous faire réfléchir, par delà ces cas fortement minoritaires, à la signification anthropologique de ce phénomène.

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